Jack l’éventreur, en 1983, ça donne quoi ? Un visuel de boite moche à faire pâlir Alice Sapritch, des petits jetons carrés aussi plats que Jane Birkin et des règles de jeux aussi claires que son mari.
Bienvenu(e)s dans les années 80 ! On tape tous dans les mains, on se fait un look à la Plastik Bertrand et hop, c’est parti pour quelques jet de dés durant une petite heure et demie. Première étape : la règle de jeu. Pour ne pas vous mentir, trois tentatives ont été nécessaires pour finir une partie. Elles sont l’exemple même du faux pas entre un éditeur et son public : des phases de jeux expliquées dans le mauvais sens, des trous de règle à chaque paragraphes et des phrases aussi limpides que le Fog londonien. Pour résumer, une vraie galère pour tous joueurs soucieux d’ouvrir une boite et de rapidement l’expliquer à sa grand-mère. Toujours est-il que, pour vous, 4L s’est mis en… quatre (étonnant non ?), bravant les six pages d’un texte abscons au possible pour terminer une partie ! Et malgré tout, et contre toute attente, le résultat s’avère plutôt positif !



Jack Vs. Scotland
Après le rôle des deux joueurs attribué (Jack ou Scotland Yard), Jack va choisir sous quelle identité il sévira : parmi dix pions suspects, il en isole un secrètement sur le bord du plateau puis le remplace par un pion « Jack the ripper ». Durant la partie, chaque suspect sera représenté par une pile de deux pions identique qui sillonneront, ensemble et face cachée, les ruelles sombres du quartier londonien. Seule une pile sera constituée d’un pion avec le nom du coupable et d’un autre « Jack the Ripper »…
Une partie s’étend sur dix tours, équivalent des dix semaines de 1888 durant lesquelles Jack l’éventreur s’acharna sur ses victimes. Pour commencer les hostilités, le joueur jouant scotland-yard dispose de deux type de pions, les victimes et ses Bobby, qu’il place face cachés sur le plateau de jeu représentant le rues de Withechapel. Jack fera ensuite de même, disposant à sa guise ses suspects. Avant d’entamer la phase de mouvement, le plateau se retrouve donc avec une flopée de petites piles de pions, tous face cachées. C’est jack qui commence par déplacer ses pions mais avec une petite subtilité : lorsque l’un de ses suspects se trouve au même endroit que des pions de son adversaire, il les révèle. Si cela s’avère être une victime, Jack prend le contrôle du pion et l’entraine dans un quartier pour l’isoler. Scotland-yard peut ensuite bouger ses troupes mais, à quelques exceptions près, uniquement celles ayant été révélées à la phase suivante par le placement de Jack. Ce système est plutôt bien vu : si Jack veut découvrir de nouvelles victimes, il doit prendre le risque de révéler des Bobbys qui resteront eux jusqu’à la fin de la partie sur le plateau…


Jack vient de commettre un meurtre non loin de Whitechapel Road. La police investit le quartier…


Du meurtre à l’accusation
Puis arrive le moment crucial du jeu : le meurtre ! S’il le décide, Jack peut désigner à son adversaire le quartier où il sévit puis révèle le pion Jack The Ripper de la pile suspect située sur le même endroit que la victime assassinée. Il a ensuite le droit d’échanger deux piles de suspects présents sur un même lieu afin de brouiller un peu les pistes. Tous les flics présents dans la zone du crime vont enchainer par un petit interrogatoire musclé à coup de dés permettant d’innocenter les suspects non présents sur le lieu du crime et/ou porter ses soupçons sur de possibles coupables. C’est ici le coeur du jeu : Jack tentant d’attirer les interrogatoires de la police sur des suspects déjà questionnés, tout en continuant à commettre des crimes…. Jack remporte la partie si sa véritable identité n’a pas été dévoilée avant la fin du dixième tour ou si la « Police Disgrace Track » atteint la dernière case. Évidemment, en fin de tour, la joueur jouant la police peut porter une accusation, mettant directement fin à la partie : si la déclaration est bonne, il remporte la partie, dans le cas contraire, c’est Jack qui peut frapper des mains en savourant sa victoire !

Le poids des âges
Malgré une approche difficile due à des règles réellement mal foutues, Jack the Ripper fourmille de bonnes idées. Au fur et à mesure de la partie, Jack ressent constamment la presence policière postée à tous les coins de rues alors que son adversaire à l’étrange sensation de toujours voir filer son coupable juste avant une découverte capitale. Ce jeu du chat et de la souris est particulièrement bien rendu, accentué sans conteste par une « table de disgrâce de la police » fluctuant selon le mode opératoire de Jack. Échelonnée sur dix cases, elle pousse le joueur à prendre des risques, comme effectuer un deuxième crime dans la même nuit, et l’aiguille vers une victoire plus rapide mais laissant derrière-lui un peu plus d’indices… Ajouté à cela des cartes évènements reprenant des éléments réels de l’affaire de Whitechapel, et nous voici devant un jeu où thème et tension sont indéniablement au rendez-vous. Évidemment, la filiation avec Mr. Jack de L. Maublanc et B. Cathala, paru 23 ans plus tard, est plus qu’évidente. Même thème, même principe de fin de partie, même rôle pour chaque joueur… nombreux sont les similitudes entre les deux jeux. Mais le point essentiel qui les démarque est sans conteste le poids des années. Jack The Ripper est né dans une époque où jeux de plateau était souvent synonyme de simulation, avec leur lot de petits pions qui collent aux doigts et de longues tables de résolution qui font mal aux yeux. Cette époque se ressent lors de parties quelques peu poussives, où certains affinages seraient les bienvenus pour rendre le tout plus fluide et plus dynamique. Toujours est-il que Jack the Ripper, malgré des défauts dus à une époque où Duran Duran partageait les ondes radio avec Peter & Sloane (et oui, difficile de créer dans ces conditions !), se révèle être un bon jeu, avec des petits mécanismes futés et novateurs, permettant à deux joueurs de revivre avec minutie les évènements de 1888.



Jack the Ripper (1983)
Un jeu américain de Tom Loback, Rick Bowes & Mike Willner
Edité par : Aulic Concil Publishing & Co, puis par Sleuth Publications
Pour 2 joueurs à partir de 12 ans
Durée d’une partie : 90mn
Un lien : la fiche sur BoardGameGeek


Un commentaire pour “[Jack] Jack the Ripper, le jeu”  

  1. 1 nemo

    arg on rigole beaucoup !!! j’adore on voit ici dans le style fluide, l’humour decapant sans conteste un adepte de l’école Canard pc… ;)

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