Quelle vie aurait eu Eric Reinhardt s’il n’avait pas rencontré et aimé Margot à l’age de 23 ans ? Il aurait pu avoir la vie d’Eric Reinhardt, écrivain spécialiste de l’automne, convoqué pour une conférence en Italie par une étrange attachée de presse. Il aurait pu être Laurent Dahl, trader qui fait exploser la baraque, prend la fuite et retrouve une inconnue qui l’a subjugué, envoûté. Il aurait pu être Patrick Neftel, qui a tout raté et se transforme en sociopathe en prenant Richard Burn, l’auteur de la tuerie de Nanterre comme icône. Il aurait pu être enfin Thierry Trockel, perpétuel insatisfait, géologue qui propose à sa femme l’échangisme afin de satisfaire une sexualité à la dérive aux pulsions inassouvies et insatiables. Tous ces personnages sont les avatars de l’auteur, avec en tronc commun une enfance traumatisante, un père raté, caricature de la classe moyenne ambitieuse et qui finit par se suicider devant son fils.
Eric Reinhardt mêle ces différents destins pour simplement prendre le temps de nous raconter des choses. De petites choses simples comme son amour de l’automne, la beauté de la lenteur (ce qui ne manquera pas de vous faire penser au livre La Lenteur de Kundera). Mais il prend le temps aussi de nous raconter les folies du capitalisme boursier et le fonctionnement des Hedge funds, de manière exceptionnellement pédagogique. Il imagine également une rencontre en terrasse de café avec Louis Schweitzer ou s’offre un règlement de compte avec les critiques littéraires. En fait, Eric Reinhardt s’amuse, divague, s’offre le luxe de la digression, du roman sans but, un peu fourre-tout. Alors évidemment, il y a des longueurs et l’ensemble est perturbant parce que parfois déconstruit. C’est un roman néanmoins original, qui bouscule les habitudes, et qui peut être palpitant. À vous de savoir si vous en avez envie de redécouvrir la poésie du quotidien avec sa part de violence et de laideur sans forcément tomber dans du Philippe Delerm.
… nous petit-déjeunons dans notre lit plutôt qu’assis sur des chaises froides, exposés au voisinage peu sympathique de la chaudière, du lave-vaisselle, de la gazinière et du réfrigérateur, des anticipations du monde réel dont je me passe bien volontiers à cette heure. Tous ces gens qui vont s’assoire sur des chaises froides dès leur réveil, comment parviennent-ils à enchanter durablement leur existence ? Il me serait difficile d’évoquer le Bristol Palace de Gênes assis cuisses nues sur une chaise de cuisine. Je reviendrai sur l’importance que revêt dans notre vie cette enclave du petit-déjeuner sous les draps, complice, politique, insoumise, dispendieuse. Quand Leonardo est né, nous avons écarté l’hypothèse d’une migration neurasthénique dans la cuisine et continué à nous sustenter dans le lit, le bébé entre les cuisses de sa mère, le lourd plateau sur mes genoux. Cette perte de temps délibérée, c’est quelque chose qui s’apparente à une flânerie, à du libertinage, nous acclimate de la manière la plus sereine à la journée qui s’annonce…
![]() |
Né en 1965, Eric Reinhardt est l’auteur de Demi-sommeil, du Moral des ménages et de Existence. Ainsi, il utilise ses romans pour traiter de la réussite à tout prix, de la société de consommation, de l’absurdité du capitalisme. Il aime souvent avec un ton violemment cynique s’attaquer à la classe moyenne, affectionne les anti-héros, souligne l’absurdité de l’existence. En parallèle, il est également éditeur free-lance de livres d’art, et travaille avec des plasticiens, des architectes, des chorégraphes. Il donne finalement une assez belle impression de dilettantisme. |
Cendrillon d’Eric Reinhardt
date de parution : 2007
éditeur : Stock
nombre de pages : 578
prix : 24€
Aucun commentaire pour “Cendrillon d’Eric Reinhardt”
Please Wait
Ajouter un commentaire