Un Homme et son fils sont jetés dans un monde post-apocalyptique. L’environnement est brûlé, les arbres et les oiseaux ont disparu, le climat est devenu hostile, les ressources manquent, les anciennes villes ont déjà été pillées. Les cadavres jonchent le bord d’une route qu’ils ont décidé de suivre. Cette route est axée plein sud et rejoint la mer. C’est le seul objectif de ces deux êtres qui n’ont plus aucune perspective, le seul repère, vers lequel ils retournent inlassablement.
Cormac McCarthy utilise un style sec, dépouillé à l’extrême, avec peu de dialogues. Le ton est noir au possible, glauque, effrayant, le livre est concis. L’auteur malmène ses deux personnages. Ils sont isolés, en danger, manque de nourriture, d’eau, de chaleur et d’armes pour se protéger des autres. L’espoir engendré par la découverte d’une ressource de nourriture ou d’eau est immédiatement remplacé par le désespoir d’une fin qui s’éloigne un peu, d’une mort qui est simplement repoussée. Ils devraient être libres, mais ne peuvent s’empêcher de suivre la route. Ils n’ont pas d’impératif mais ne restent jamais en place. Cormac McCarthy utilise ces conditions extrêmes pour entamer une réflexion sur la condition humaine. Il raconte une histoire toute simple mais ouvre à la réflexion philosophique. L’homme devrait être libre car émancipé de son instinct animal. Mais dès que le confort de survie disparaît, que la structure d’une société n’est plus, aucune liberté n’est possible. Les derniers tabous de la violence et du cannibalisme tombent. L’homme devient une bête et la compassion n’est plus une possibilité. L’espérance n’existe plus, Dieu est mort et l’auteur utilise un ton biblique pour nous le raconter. L’absence de but, de possibilités d’exutoire déboussole ces êtres qui ne sont qu’instinctifs et mobilisent la totalité de leur intelligence pour leur survie. La mort ne représente finalement plus une crainte mais un soulagement. Seul le passage de la vie vers la mort reste une angoisse, l’instinct de survie étant l’ultime réflexe agaçant. Pourtant, au cœur de ce cauchemar éveillé, Corman McCarthy rend compte d’une relation unique père fils, magnifiant le lien du sang.
L’auteur utilise brillamment une situation post-apocalyptique pour mener une réflexion profonde sur le genre humain. Ce livre est annoncé comme un immense chef d’œuvre de littérature par toutes les rédactions littéraires (même les Inrocks et Télérama sont d’accord) et mérite absolument cette unanimité. Il est nécessaire de le lire.
Par terre, près de la porte il y avait deux distributeurs de boissons sans alcool qui avaient été renversés et forcés avec un pied-de-biche. Des pièces de monnaie partout dans la cendre. Il s’assit et passa la main dans le mécanisme des distributeurs éventrés et dans le deuxième distributeur sa main se referma sur quelque chose de froid. Un cylindre métallique. Il retira lentement sa main et resta cloué sur place devant un Coca-Cola.
Qu’est ce que c’est, Papa ?
Quelque chose de bon. Pour toi.
Qu’est ce que c’est ?
Attends. Assieds-toi…
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Cormac McCarthy est né en 1933 en Providence. Après des études pas spécialement réussies, il s’installe dans différents coins de la planète et consacre sa vie aux femmes et à l’écriture. Son œuvre semble être majeure, elle est récompensée pat le National Book Critics Circle Award et le National Book Award. Il obtient le prix Pulitzer en 2007 pour La route. Mais son œuvre intéresse également le cinéma. Il est l’auteur de No country for old men, adapté par les Frères Cohen et sorti récemment en France. |
La Route de Cormac McCarthy
date de parution : 2007
éditeur : L’olivier
nombre de pages : 245
prix : 21€
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