César séjourne avec sa femme en Thaïlande dans un club. Ils prennent conscience pendant ce séjour que des incompatibilités d’humeur, anesthésiées jusqu’alors par la routine, sont devenues insupportables. César décide de la quitter et se remet profondément en question. Qu’a-t-il fait de sa vie ? Il voulait être un grand reporter et se retrouve correcteur dans le comité de rédaction d’un magasine féminin. Il décide de tout tenter, passe la frontière Birmane afin d’interviewer le plus grand trafiquant d’opium du monde, le créateur du Triangle d’or. Très rapidement, l’immersion est totale. La junte militaire le surveille, des attentats incompréhensibles dans le centre ville, des expatriés français étranges le prennent sous leurs ailes, le manipulent… Le cadre est impeccablement posé, le récit peut commencer.
Christophe Ono-dit-biot connaît la Birmanie. De son expérience de grand reporter, il tire un très bon roman, décrivant en arrière fond une Birmanie intense, envoûtante, effrayante et sensuelle. Les touristes sont écorchés au passage, même si c’est plus tendre que sous la dent de Houellebecq (voir Plateforme). Il aborde le monde des expatriés qui viennent se perdre en asie (”Vous voulez de l’aventure parce que vous vous ennuyez à mourir dans votre conformisme quotidien”), l’implication politique des humanitaires. Mais c’est surtout la dictature de la junte militaire en place qu’il arrive à retranscrire brillamment. Pas de militaires à tous les coins de rue, mais avec une personne sur dix qui travaillent pour la junte, la paranoïa souffle doucement à l’oreille de ce César. Et malgré cela, il croise des bouddhistes qui continuent à encaisser, une Jet Set qui continue à faire la fête. Les situations sont surréalistes et criantes de vérité. Le roman transpire une atmosphère lourde, moite, une nature exubérante et étouffante, des vapeurs de Ya Baa, mais peut également nous transmettre la sérénité de l’aube au bord d’un lac. On y trouve des pierres précieuses, des shamans, des villes de jeux et de prostitution. L’histoire est très rythmée et l’atmosphère haletante. Il reste néanmoins un décalage décevant. L’actualité de ces derniers mois en Birmanie a placé le lecteur dans une attente d’explication politique de la situation. Le sujet est abordé mais Birmane ne saurait apporter les réponses attendues. L’actualité a pu servir ce livre à sa sortie mais le dessert pour l’impression finale. Birmane est juste un excellent livre d’aventurier et Christophe Ono-dit-Biot aurait pu valoriser différemment son expérience personnelle pour en faire un témoignage plus percutant. Le mélange de fiction et de réalité politique est difficile à doser.
Chaque matin, le soleil nous réveille en caressant nos joues. Et comme nous nous rendormons aussitôt, il faut que les moteurs des bateaux s’en mêlent pour que nous nous décidions enfin à sortir du lit.
Leur passage vrombissant fait frémir le sol de bambou. C’est seulement à ce moment-là que je mets le pied-à-terre. Je ceins mes hanches d’un longyi et je me dirige vers la porte, si fine qu’elle ressemble à du papier. Je l’ouvre, je ferme les yeux, je fais un pas en avant jusqu’à la rambarde, je m’y appuie et là, je les ouvre.
Dans une explosion de couleurs chatoyantes, une vingtaine de barques noires élancent leur proue effilée sur l’eau vaste et immobile.
|
Christophe Ono-dit-Biot est un fils de professeur qui commence par rater son agrégation, ce qui l’inspire immédiatement (et tant mieux pour nous) pour son premier roman « Désagrégé (e)». Sorti en 2000, ce premier livre suscite déjà de l’intérêt et sera finaliste du prix des Deux magots. Il obtient son agrégation, et commence l’enseignement dans un lycée, à Meaux. Lancé dans le monde journalistique et littéraire, il est critique littéraire pour ELLE et grand reporter pour Le Point. Il semble habité par les voyages et ce thème est souvent repris dans ses livres. Il intervient sur Canal plus auprès de Pascale Clarck comme journaliste politique car son travail au journal Le Point l’a amené à suivre Mrs Sarkozy, Bayrou et LePen durant la campagne présidentielle. Dernièrement, il a publié Birmane qui reçoit le prix Interallié en 2007. |
Liens utiles
Une Itw de l’auteur
Birmane de Christophe Ono-dit-Biot
date de parution : 2007
éditeur : Plon
nombre de pages : 441
prix : 21€
Aucun commentaire pour “Birmane de Christophe Ono-dit-Biot”
Please Wait
Ajouter un commentaire