Cette histoire-là d’Alessandro Baricco

Une fois de plus, Alessandro Baricco met tout son talent narratif dans l’ouverture de son roman. Il raconte à sa manière une course automobile entre Versailles et Madrid, l’attente des gens sur le parcours, l’impatience d’un jeune enfant sur la ligne d’arrivée. Comme si il avait vécu cette course, il nous transmet la nostalgie d’une époque révolue. Alessandro Baricco se concentre sur Ultimo Parri et son père qui décident d’ouvrir un garage automobile à une époque où il n’y a pas encore d’automobile, mais les amènent à rencontrer un extraordinaire baron, coureur automobile. Les personnages sont riches, haut en couleurs, touchants comme toujours avec Alessandro Baricco. Un saut dans le temps, la première guerre mondiale vue d’Italie et l’extraordinaire audace stratégique des Allemands nous est décrite. À nouveau, le lecteur est immergé dans l’ambiance de cette guerre vécue par Ultimo Parri, l’impacte qu’elle a sur le cours de sa vie.
Alessandro Baricco crée un personnage dans son monde, composé de circuits automobiles ; un monde subtil, doux, rapide, violent et voluptueux ; un monde dans lequel ce qui est important n’est pas la course, mais la courbe et la trajectoire. La vie d’Ultimo est touchée par la grâce jusqu’à sa mort. Il est aimé et ranimé par le regard de ceux qu’ils l’ont connu.
A bien regarder, les ingrédients sont réunis, pourtant l’ennui nous gagne. En finissant ce roman, c’est même la déception qui domine. La magie d’Alessandro Baricco n’a pas fonctionné. Il faudrait disséquer, analyser, émettre des hypothèses sur ce qui manque à ce livre. Mais justement, il ne manque rien pour un roman. Il est juste banal. Alessandro Baricco a un univers exceptionnel, qui comprend le roman, l’essai, le théâtre, la musique. Et il est difficile d’accepter la banalité de la part d’un auteur qui a su écrire Soie, Novecento : pianiste, Océan mère, les châteaux de la colère ou même Next. Malheureusement pour lui, il ne peut souffrir d’aucune baisse de régime, aussi faible soit-elle, sans décevoir.

Un extrait

Certains n’allèrent même pas dormir, d’autres avaient mis le réveil à une heure absurde pour se glisser ensuite hors du lit, se laver sans faire de bruit, ni heurter les objets, en cherchant leur veste. Parfois c’étaient des familles entières qui partaient, mais ce furent pour la plupart des individus isolés qui entreprirent le voyage, souvent contre toute logique ou bon sens. Les épouses, dans les lits, ensuite, étendaient les jambes en travers du côté resté vide. Les parents échangeaient trois mots, en écho aux discussions de la veille, des jours d’avant, des semaines d’avant. Elles portaient sur l’indépendance des fils. Le père se redressait sur l’oreiller et regardait l’heure. Deux heures.
C’était un bruit très insolite car cent mille personnes à deux heures du matin sont comme un torrent qui s’écoule dans un lit inexistant, muette la grève, disparus les cailloux. De l’eau sur de l’eau.

L’auteur

Alessandro Baricco a mené des études de philosophie et de musicologie. Dans un premier temps, rédacteur dans une agence de publicités, puis journaliste et critique littéraire dans différents magazines italiens, il devient collaborateur du journal La Republica, dans lequel il publie Les barbares sous forme de feuilletons. Il a 33 ans lorsque son premier roman, Châteaux de la colère paraît. Il reçoit le prix Médicis du roman étranger en 1995. Alessandro Baricco fonde une université à Turin pour étudier l’art de la narration et apprendre à raconter une histoire. Passionné par la musique, il acquiert un véritable style qui lui est propre, souvent rythmé, avec un cours narratif déstructuré. Il s’essaie à différents styles littéraires. Touchant un peu à tout, il publie Novecento : pianiste tout en s’impliquant dans la mise en scène au théâtre. Après avoir demandé au groupe Air d’écrire une musique sur son livre City, il monte un spectacle avec eux dans lequel Air joue pendant qu’il lit son roman. A noter surtout la publication de Soie, qui va lui offrir sa notoriété et son statut de grand écrivain.

Cette histoire-là d’Alessandro Baricco
date de parution : 2007
éditeur : Gallimard
nombre de pages : 318
prix : 20€


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