La physique des catastrophes de Marisha Pessl

Bleue Van Meer pourrait être une adolescente ordinaire sauf qu’elle est orpheline de sa mère et que son père est un personnage à part, professeur d’université itinérant, accablé par la bêtise du genre humain, misogyne en apparence et surtout mentor de sa fille. L’objectif fixé par ce père au cours de son parcours au travers des Etats-Unis est l’entrée de sa fille à Harvard. Mais Bleue Van Meer dans ce parcours rencontre une femme superbe, professeur de cinéma qui réunit un groupe d’adolescent (le sang bleu) deux fois par semaine pour des repas d’intellectuel ou autre. Ces réunions sont étranges et amènent rapidement Bleue sur une enquête concernant cette femme professeur de cinéma, son père, et un mouvement révolutionnaire américain.
C’est son premier roman et c’est extraordinaire. À partir d’une adolescente, gorgée de référence littéraire par son père exigent, intellectuel et cynique, Marisha Pessl livre un roman intriguant, drôle, moitié roman initiatique, moitié roman à suspens, moitié roman critique de la société américaine. C’est une déferlante d’érudition cinématographique et littéraire, de petites anecdotes jusqu’à la synthèse d’œuvre phénoménale. À partir de la relation fusionnelle qu’a cette adolescente avec son père, c’est dans une grande subtilité narrative du passage à l’âge adulte que l’auteur distille un peu de suspens, d’étrangeté et d’humour. Ce premier roman est incroyable, un des chef-d’œuvre de la rentrée littéraire 2007, et on a envie immédiatement de comparer ce jeune auteur à John Irving dans ses premiers opus (L’épopée du buveur d’eau, Le monde selon Garp). On y retrouve le même talent de la digression, truffée de références improbables. Comme pour John Irving, de petites longueurs apparaissent parfois, mais c’est l’unique reproche que l’on peut faire, puisqu’il faut bien en faire un. Sinon, il est évident que ce livre est à lire et que cet auteur est à suivre.

Un extrait

J’attendais près du caddie que papa choisisse un parfum de glace.
« La plus grande contribution de l’Amérique au monde n’a pas été la bombe atomique, le fondamentalisme, les usines à maigrir ou Elvis, ni même l’observation assez fine que les hommes préfèrent les blondes, mais la perfection atteinte en matière de crèmes glacées. » Papa adorait faire des commentaires devant la porte ouverte du congélateur en étudiant chaque parfum de Ben & Jerry, sans prêter la moindre attention aux autres clients qui lui tournaient autour comme des mouches dans le vain espoir qu’il s’en aille.

L’auteur

Agée de vingt-sept ans, Marisha Pessl a grandi en Caroline du Nord. Diplômée de l’université de Columbia, elle a d’abord travaillé dans la finance et vit actuellement à New-York. Très tôt et grâce à sa mère, elle décide de faire de chaque instant un moment important de sa vie, esprit retranscrit parfaitement dans son premier roman La physique des catastrophes. Ce livre est retenu par le New York Times Book Review comme un des cinq meilleurs roman de l’année 2006. Et juste pour se rassurer un peu sur la normalité de cette jeune femme, elle aurait d’abord jeter deux romans avant de soumettre celui-ci aux éditeurs.


La physique des catastrophes de Marisha Pessl
date de parution : 2007
éditeur : Galllimard
nombre de pages : 610
prix : 24€50


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