Pâle sang bleu d’Alizée Meurisse

« J’aimerais tant te jeter mon cœur à la figure. » c’est la quatrième de couverture, laissée par Alizé Meurisse pour imager son premier roman. Tout est là. Cette phrase est différente avant et après avoir lu Pâle sang bleu. L’histoire n’a rien d’extraordinaire, elle est même des plus classique. C’est la vie, le quotidien de deux orphelins Charles et Manon, abandonnés par leur mère internée en psychiatrie. C’est l’histoire d’un paumé, Johnny, ancien taulard, amoureux absolu de Manon, qui va voler une bague à Olivier et sa bande pour se fiancer. C’est la mise en place de l’histoire rebattue d’un amour maudit, le déroulement d’une vengeance et l’après.
Et le plaisir vient du style, de la narration. C’est ce qui permet à ce livre de ne pas être une version superflue d’une histoire d’amants quelconque. « Ecorchés vifs », voilà comment sont perçus tous les personnages de ce récit, prenant à tour de rôle le « je » narratif d’un paragraphe à l’autre, perdant un peu plus à chaque fois le lecteur. Alizé Meurisse est une poète contemporaine, à fleur de peau, naïve, sensible, excessive. Elle nous raconte le côté tragique d’inadaptés sociaux tellement honnêtes, tellement vivants que le doute se jette sur la vie du lecteur. Des personnes peuvent vivre avec ce volume là, dans un excès hystérique et teinté d’une naïveté fantasmée ? Leur perception est assénée à coup de pulsions organiques et animales, pleines et amères. Leur appréhension de la vie, de l’amour et de la mort est exprimée dans toute sa violence. On se perdrait à essayer de définir l’univers du livre d’Alizè Meurisse, précaire, instable, glauque mais surtout surréaliste. Cet univers, on le ressent, et on le voit sous cette plume. Il faut lire ce livre, d’une traite, se laisser aller à cette innocence et découvrir comment du sang neuf peut magnifier et revisité des thèmes vieux comme le monde, avec l’audace du premier roman.

Un extrait

Je le regarde éclore. Les draps sont lourds d’eau salée et acide, il est ruisselant de sueur, tel un boxeur assis dans son coin, sur la tête duquel on vient de presser une éponge engorgée d’eau. Son corps est imprégné de cette liquidité organique de son propre parfum amer qui fait chavirer les cœurs, qui écoeure et qui fait dessaler. Il ressemble un peu à Napoléon, en moins volcanique et plus chevelu, il a les cheveux d’un ton crémeux, de la couleur d’un potage au potiron mais avec en plus un nuage de lait froid. Il a une grande bouche avec de grosses lèvres pulpeuses et difformes, sans doute à cause de la cuillère en argent qu’il avait dans la bouche au sortir de l’utérus de sa mère, et c’est ce qui fait tout son charme. Des pores de sa peau suinte une beauté dont la rugosité rappelle celle des vieilles photos, une beauté puissante, choquante, agressive. Une beauté enfin qui pique les yeux comme un oignon.

L’auteur

La biographie est fine, mais c’est normale car elle est née en 1986. Alizée Meurisse est photographe officiel des Babyshambles pour un de leur album. Sa vie est partagée entre Paris et Londres. Elle peint, photographie et écrit. Pâle sang bleu est son premier roman, et ce coup d’essai est remarquable.


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Une Itw de l’auteur

Pâle sang bleu d’Alizée Meurisse
date de parution : 2007
éditeur : Allia
nombre de pages : 142
prix : 9€


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