Marie est perdue dans une vie sans relief ni couleur. Son statut de mère ne la satisfait pas. Son nouveau statut de chercheur d’emploi la laisse perplexe. Même si son mari est attentionné, elle prend lentement distance avec son environnement social et familial. Et puis par hasard, en passant devant une tente de la Croix-Rouge, elle décide d’entrée et de donner un coup de main aux bénévoles. Des réfugiés errent dans les environs et tentent régulièrement de passer en Angleterre. Absorbée par la cause, Marie va petit à petit tout donner, son temps, son amour, son argent. Cet engagement lui rend le goût de la vie aussi fortement que la détresse humaine de ces réfugiés est violente. Elle va abandonner son rôle de femme au foyer, moins s’occuper de ses enfants, s’éloigner de son mari. Un mur d’incompréhension se construit lentement entre elle et lui.
Olivier Adam teinte ses récits d’une mélancolie puissante et contagieuse (voir Passez l’hiver et Falaise). Son écriture est souvent lente, douce, triste, d’une beauté fine et fragile. La dépression habite ces personnages, les rongent. Marie n’y échappe pas et rapidement le lecteur retrouve le style d’Olivier Adam dans les premières pages d’A l’abri de rien. La nouveauté est sa volonté d’utiliser le roman pour témoigner, s’engager dans une détresse humaine proche de nous, dans notre pays. Il dissèque la méfiance des bénévoles envers les femmes aux foyer désoeuvrées, le regard des autres sur ceux qui s’engagent. Il décrit magnifiquement des moments de grâce, de profondes révoltes, d’espoir et d’humanité. Olivier Adam mixe une misère sociale à la détresse internationale des réfugiés, mélange explosif et dangereux. Mais cela reste juste un témoignage supplémentaire sur la situation des réfugiés qui veulent passer en Angleterre, réussi car avec un ton juste mais aussi déjà lu/vu.
De toute façon, ça n’a pas d’importance, tous ces endroits se ressemblent, ils en finissent par se confondre. D’un bout à l’autre du pays, éparpillés ils se rejoignent, tissent une toile, un réseau, une strate, un monde parallèle et ignoré. Millions de maisons identiques aux murs crépis de pâle, de beige, de rose, millions de volets peints s’écaillant, de portes de garage mal ajustées, de jardinets cachés derrière, balançoires barbecues pensées géraniums, millions de téléviseurs allumés dans des salons Conforama. Millions d’hommes et de femmes, invisibles et noyés, d’existences imperceptibles et fondues. La vie banale des lotissements modernes. A en faire oublier ce qui les entoure, ce qu’ils encerclent. Indifférents, confinés, retranchés, autonomes. Rien : des voitures rangées, des façades collées les unes aux autres et les gosses qui jouent dans la lumière malade. Le labyrinthe des rues aux noms d’arbres absents. Les lampadaires et leurs boules blanches dans la nuit, le bitume et les plates-bandes. La ville inutile, lointaine, et le silence en plein jour.
Né en 1974 en banlieue parisienne, Olivier Adam a d’abord vécu dans la région parisienne avant de s’exiler à Saint Malo. Il a commencé par des études de gestion d’entreprises culturelles. Pendant qu’il occupe le poste de directeur de collection aux Éditions du Rouergue, il écrit également pour la jeunesse mais surtout son premier roman, qui est publié en 2000, au Dilettante, Je vais bien ne t’en fais pas, adapté en 2007 au cinéma. Ce long-métrage reçoit l’Etoile d’or du scénariste par l’Académie de la presse du cinéma français. Suivent, aux Éditions de l’Olivier, A l’ouest et Poids léger, adapté pour le cinéma par Jean-Pierre Améris. En 2004, Olivier Adam publie un recueil de nouvelles, Passer l’hiver, avec lequel il obtient le Prix Goncourt de la Nouvelle. Poussé par cette reconnaissance, il publie le roman Falaises en 2005. Ce roman est cité à plusieurs reprises dans différents prix littéraires, mais c’est en 2007 avec A l’abri de rien qu’il reçoit le prix FranceTélévision.
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Photos reportage de migrants à Calais
A l’abri de rien d’Olivier Adam
date de parution : 2007
éditeur : L’olivier
nombre de pages : 219
prix : 18€
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