Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf

Hervé Kempf présente une mise au point écologique que l’on redoutait effrayante et qui est effroyable. Il dresse un bilan étayé, documenté, référencé de travaux d’experts mis à notre portée. Il gagne très rapidement auprès du lecteur une crédibilité et une compétence incontestables en écologie. Sont passés en revue l’émission des gaz à effet de serre, l’emballement climatique, l’empoisonnement de l’environnement par la chimie, l’extinction des espèces qui se fait à une vitesse inimaginable. Rapidement, l’auteur glisse de l’épuisement des ressources vers la crise économique et de civilisation rampante puisque toute l’organisation mondiale repose sur un modèle économique de croissance. Bien. De ces constats, il argumente sur une crise sociale mondiale avec un écart entre riche et pauvre qui se creuse. La pauvreté mondiale s’accroît et double injustice, la crise écologique frappe en premier les laissés pour compte de la mondialisation capitaliste. La thèse est parfaitement articulée, la démonstration sans accroc. L’hypercapitalisme est débridé, le pouvoir politique complaisant ou impuissant et la dégradation de notre planète repose sur une oligarchie richissime sans conscience. Parmi les nombreux constats présentés, l’auteur souligne notamment comment l’expression démocratique devrait se prononcer sur les mesures à prendre face au désastre écologique. Et à nouveau, selon l’auteur le recul des libertés et de démocratie manigancé par cette oligarchie empêche toute prise de décision dans le sens d’une responsabilisation de l’humanité. Et c’est peut-être là que le livre dérape…

L’auteur a sûrement désiré une démonstration trop bien huilée en liant la crise écologique mondiale à la crise sociale mondiale. Et pour cela, il n’hésite pas à partir dans tous les sens, de la liberté d’expression aux transpondeurs d’une future traçabilité, des prisons et de la torture aux États-Unis, à une violation de la liberté de la presse en France durant le référendum sur la constitution européenne. Tout est à charge et sans nuance, porté au même niveau, avec en fond de toile une oligarchie toujours responsable. L’auteur manque de pondération et retire malheureusement par sa tirade anticapitaliste du poids à son texte. En fleuretant parfois avec une caricature alter-mondialiste, il mélange toutes les causes et tous les combats. Pour exemple, l’évolution de la démocratie face à l’effondrement du bloc soviétique et une mondialisation des échanges méritent des mises au point plus modérées comme on peut la retrouver dans le mythe de la démocratie. Le problème de sa thèse vient d’une stigmatisation systématique d’une partie infime de la population, dédouanant l’ensemble. N’est-ce pas trop confortable de mettre au même niveau d’incapacité d’action une population pauvre d’Inde et la classe moyenne européenne qui garde un véritable poids démocratique et qui a déjà commencé sa prise de conscience écologique ? En pointant uniquement cette oligarchie, il nous déresponsabilise. Et l’auteur tourne et retourne vers cela, prêtant un pouvoir démesuré d’influence comportementale de cette oligarchie sur le reste de la planète. Par conséquent, sa solution liberticide anti-consumériste de l’oligarchie paraît très faible et le manque de proposition alternative devient criant.

L’auteur a précisé qu’il voulait faire un texte concis et on peut penser que ses raccourcis sont une conséquence de cette ligne rédactionnelle. Pour preuve, le site Internet crée par l’auteur (que nous vos encourageons à visiter) sur ces sujets est plus modéré et de fait beaucoup plus pertinent. Pour finir, les réserves émises à l’encontre de ce livre ne doivent en aucun cas en démotiver la lecture. Encore une fois, le travail de documentation et la compétence de l’auteur dans ce domaine sont remarquables. Cet essai doit être lu rien que pour le bilan écologique opposable à n’importe quelle mauvaise foi. Sa théorie économique et sociale est élégante mais ne peut tout expliquer malheureusement, et seul son emballement altermondialistique est à prendre avec recul ou à mettre de côté. Nous avons bien un journaliste captivant, peut-être lutte-t-il contre une tentation de se transformer en Mickeal Moore tout vert. Espérons qu’il gardera, à l’avenir, un filtre.

Un extrait, quatrième de couverture

Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamise se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d’orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C’est un défi magnifique, mais redoutable.
Or, la classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie néolibérale ne sait plus que s’autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus de richesse.
Cette représentation du monde n’est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures.
Pour l’auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

L’auteur

Journaliste spécialisé dans l’environnement, suite à une prise de conscience liée à Tchernobyl, Hervé Kempf travaille au Monde, à Courrier international, à La Recherche pour faire reconnaître l’écologie comme un secteur d’information à part entière. Il a publié de nombreux ouvrages sur l’écologie, L’économie à l’epreuve de l’ecologie (1991), La Baleine qui cache la forêt. Enquête sur les pièges de l’Ecologie (1994), la révolution biolithique (1998), La guerre secrète des OGM (2003), mais travaille également sur d’autres sujets, Gaza la vie en cage (2005).


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Le site de l’auteur

Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf
date de parution : 2007
éditeur : Le Seuil
nombre de pages : 147
prix : 14€


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