Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann

Le livre débute et se termine sur la rencontre de deux hommes extraordinaires. Alexandre von Humbolt est naturaliste, ne croit que ce qu’il voit et mesure tout, la hauteur, la pression, l’hygrométrie et tout autre genre de données expérimentales. Il part de la vieille Europe afin de parcourir les océans, découvrir l’Amérique du sud avec une fameuse expédition sur l’Orénoque, dialogue avec les indigènes, gravit les volcans, descend au fond des précipices. Carl Friedrich Gauss déteste voyager, et le simple fait de s’imaginer quitter sa mère et sa maison le rend grognon et agressif. Dans tous les cas, c’est Eugène, son fils souffre-douleur qui en fait les frais. Gauss ne voit pas l’intérêt de se déplacer puisque les mathématiques, la physique et l’astrologie, toujours par le calcul et sa capacité d’abstraction, lui offre la possibilité de connaître l’ensemble de l’univers.
La rencontre de ces deux hommes si éloignés par leur caractère et si proches par leur sens de la science est bien racontée par l’auteur. David Kehlmann agrémente sa connaissance de l’histoire de la science et ses recherches d’écrits d’époque par une touche d’humour et d’humanité. Le lecteur a l’agréable sensation de s’immerger dans le monde des explorateurs et des scientifiques, extraordinaire par l’immensité des découvertes qu’il y avait à faire à cette époque. L’intuition et l’incroyable intelligence de Gauss, bourru et ne supportant pas la bêtise humaine, contraste avec la naïveté et l’exigence de Von Humbolt, grand humaniste ne supportant pas le moindre signe de domination du monde européen, et encore moins qu’on puisse s’intéresser à autre chose que ses découvertes. Le ton du récit de leurs vies est juste et touchant. Il raconte la réussite extraordinaire et la déception d’une vie, la grandeur et le ridicule. Ce livre simple et court est un moment qu’il ne faut pas se refuser.

Un extrait

A l’académie, Humbolt donna des conférences sur la conductibilité des nerfs humains. Il était présent lorsqu’on mesura, sous la bruine et sur une pelouse piétinée aux portes de la ville le dernier segment du méridien reliant Paris au pôle. Lorsque ce fut fait, tout le monde enleva son chapeau et se serra la main : un dix millionième de la distance serait moulé en métal et deviendrait l’unité de référence pour toutes les futures mesures de longueur. On voulait l’appelait le mètre. Humbolt était toujours transporté de joie lorsqu’on mesurait quelque chose ; cette fois, il était ivre d’enthousiasme.

L’auteur

Souvent nous essayons de faire une petite synthèse webesque concernant la biographie de l’auteur. Mais malgré sept livres et quelques prix, peu de données sont disponibles hormis la biographie du quatrième de couverture qui vous est livrée ici intacte.
Né en 1975 à Munich, Daniel Kehlmann vit à Vienne (Autriche). Après avoir passé son adolescence à lire Nabokov et Borges, il publie son premier roman à vingt-deux ans. Depuis, il a étudié la philosophie, la littérature et écrit sept livres, dont le roman Moi et Kaminski (Actes Sud, 2004). Lauréat d’une dizaine de récompenses littéraires, dont le prix Candide (2005), il a reçu, en 2006, le prestigieux prix Kleist.

Voir aussi
Le site de l’éditeur

Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann
date de parution : 2007
éditeur : Actes sud
nombre de pages : 299
prix : 21euros


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