Marc Marronnier est un jeune chroniqueur mondain cynique, ironique et désabusé, écrivain par tentative et tentation. Un peu méchant, dépressif et profondément névrosé, il est invité par son ami d’enfance, Joss, qu’il jalouse pour son succès international de DJ. Joss mixe pour la soirée d’ouverture des Chiottes place de la Madeleine. Heure par heure de 19 à 7 heures du matin, nous avons le cours de la soirée : l’alcool, les vieilles et les jeunes top models, la jet-set dégénérée, les ecstasys, les attachés de presse, la décadence. Comme s’il était hyper lucide sous hautes doses d’alcool, Marc Marronnier décrypte la soirée, raconte ses rencontres, se désespère. Aigri, il y cherche l’amour parce qu’il est hypersensible et romantique. Il le trouvera évidemment au cœur de cette déchéance humaine. Après le désespoir et le petit-suicide à l’alcool, il peut y avoir l’amour.
Beigbeder, « qui écrit sur les problèmes des gens qui n’en ont pas » comme le dit si bien Jean-Eric Boulin, est plein de talent. Il vaut mieux en rire puisque c’est agaçant. Opportuniste, après un travail d’investigation sans relâche pendant de nombreuses années dans les nuits parisiennes, il réussit à écrire ce roman. On l’imagine, fainéant, nous offrir un livre sans effort, grâce à son sens de la formule, sa culture indéniable, son esprit affûté, sa repartie cinglante, son côté sentimental fragile et fleur bleue, un peu niais et attachant.
Vacances dans le coma, c’est juste une soirée parisienne décadente, avec des personnes déjantées. Il est très agréable d’y être invité en observateur intouchable par un guide expérimenté. Dézingué par l’auteur lui-même dans une autocritique en guise d’avant-propos (malin, il se met ainsi hors de portée d’autres critiques), ce livre ne sera sûrement pas inscrit au patrimoine mondial de la littérature. Mais Beigbeder est un écrivain qui s’est perdu dans le show-bizz et non l’inverse, ça change tout. Doutons même et imaginons…. ce Beigbeder insupportable serait un rôle détestable pour protéger un être fragile et sensible, composite d’arrogance et de doute. Comme le héros du livre, ça alors !
Vacances dans le coma, c’est juste une soirée parisienne décadente, avec des personnes déjantées ET c’est un prétexte pour un névrosé qui fait sa psychothérapie en écrivant des livres. C’est un roman intelligent, drôle, bien vu et bien écrit, avec du style.
L’air sent le parfum cher, la boisson fermentée et la sudation sociale. SAR la princesse Giuseppe di Montanero a réussi à entrer sans invitation, grâce à des amis travestis qui ont longuement détourné l’attention du portier. Partout, des femmes hors de portée arborent des bijoux hors de prix. Certaines n’en demeurent pas moins hommes (aux toilettes, Marc a même aperçu une bosse sous la jupe d’une dame très élégante qui se poudrait le nez – intérieurement et extérieurement).
Joss Dumoulin fait un geste de la main à sa fiancée. Il pourrait se lever, marcher vers elle, l’embrasser, lui faire un compliment, lui offrir un verre. Mais Joss ne se lève pas, ne marche pas vers elle, ne l’embrasse pas, ne lui fait pas de compliment et Clio finit son verre toute seule. Bienvenue au XX-ième siècle.
Pendant ce temps, les Hardissons gavent leur bébé de foie gras ; des publics-relations esseulés fixent les écrans de télé ; Ali de Hirschenberger, le très distingués producteur de films X, gifle affectueusement Nelly, sa femme, sybarite même tenue en laisse ; le playboy Robert de Dax fait le clown, debout sur une chaise (amant de plusieurs actrices dépressives, il mourra un mois plus tard dans un accident d’autos tamponneuses).
Montaigne – Louis le Grand, Sciences-po et Celsa. Stop. DESS marketing, orgies des grandes écoles et soirées étudiantes. Stop. Carrière éclatée car écrivain, publicitaire, animateur télé et chroniqueur. Stop. Dandy, aimant l’argent, les soirées et les femmes. On a l’impression que c’est son travail d’écrivain qui est le plus aboutit, qui lui tient le plus à cœur mais dans lequel il refuse de se jeter pleinement. Autant être chroniqueur à Gala ! Pourtant, parmi L’amour ne dure que trois ans, Nouvelles sous ecstasys, Mémoire d’un jeune homme dérangé, c’est 99 francs, qui lui offre la mort du publicitaire et la naissance de l’écrivain. Scandale créé autour de ce livre, il quitte le milieu de la pub pour mieux le descendre dans un livre. Il crée le Prix de Flore pour récompenser les auteurs prometteurs et devient éditeur chez Flammarion. Avec Windows of the world, roman sur le onze septembre, il acquiert une reconnaissance un peu plus internationale. En 2007, il publie un nouveau roman, au secours pardon.
Vacances dans le coma de Frédéric Beigbeder
date de parution : 1994
éditeur : Le Livre de Poche
nombre de pages : 152
prix : 4€
raconter des histoires sur les autres, imagination, délires, verbe, plaire, sentir, tout un programme
ça donne presque envie de le lire
Parfait, je me cherchais justement un bouquin pour Essen (ben ouais je me sens bien lire dans ma chambre d’hotel avec mon mome tandis que mon mec jouera au bar du sofitel…)