Un journaliste économique, Mikael Blomkvist, rédacteur et actionnaire de Millénium, son propre journal, est condamné pour diffamation envers un industriel très important. C’est un homme cassé, qui a perdu sa crédibilité journalistique et pour qui les ennuis financiers s’annoncent. Henri Vanger, ancien industriel puissant, contact Mikael Blomkvist et lui confit un dossier vieux de plus de quarante ans, sur la disparition de sa nièce, vraisemblablement un meurtre.

L’enquête le plonge dans l’histoire complexe d’une grande famille d’industriel, la famille Vanger, dans laquelle la haine et les scandales financiers se propagent entre les générations. Le racisme, l’extrême droite, l’ambition et peut-être la logique d’un tueur psychopathe se dessinent doucement. L’ensemble se déroule sur une petite île au nord de la Suède; le huis-clos est en place.
Une jeune femme, Lisbeth Salander, punk de son état, qui présente des troubles de communication et de socialisation, se trouve être une fouineuse hors pair. Elle est responsable des enquêtes sur les particuliers dans une société de sécurité privée. Lisbeth doit établir un dossier aussi complet que possible sur Mikael Blomkvist, financé par un avocat sans représentant connu. Et voilà les bases à partir desquelles, par une mécanique implacable, se met en place un récit efficace, une narration fluide totalement absorbante pour livrer un roman qu’on ne lâche pas avant la dernière ligne.

Stieg Larsson prend son temps. Il nous mène tranquillement au cours de son histoire comme il l’entend. En partant de plusieurs pistes, il construit patiemment les personnages, qui sont travaillés, affinés, complexes pour nous paraître humains et réels. Irrémédiablement, les scènes se déroulent par un montage minutieux vers une résolution multiple et élaborée. Certains points de convergence se dessinent à l’avance, d’autres sont inattendus. Tout est parfaitement maîtrisé par l’auteur, qui garde de bout en bout plusieurs coups d’avance sur son lecteur. L’intrigue est affinée avec une précision irréprochable. Le dénouement se fait aussi patiemment que les bases ont été jetées. Ce roman est complètement captivant, de ceux qui ne laissent pas le lecteur tranquille avant la fin, et même après! Car le tour de force de Stieg Larsson est sûrement là. Les personnages de Mikeal et de Lisbeth sont trop bien créés et trop attachants pour les abandonner après une seule histoire. Millénium 2 est déjà paru et Millénium 3 est à venir (courant 2007). L’auteur a déposé les trois romans en une seule fois chez son éditeur et ils sont distillés lentement au gré des délais de parution et de traduction. Ici même, ll4ll prend un engagement pour vous donner le rythme. Dans l’été, « La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette » sera présentée. Puis après sa sortie, « La reine dans le palais des courants d’air » sera décortiquée. Mais il y a fort à parier que si vous commencez maintenant, vous accélérerez le rythme et vous lirez le deuxième dans la foulée.

Un extrait

C’était maintenant devenu un événement annuel. L’homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans. Il sortit le paquet de l’enveloppe et retira le papier cadeau. Puis il souleva le combiné du téléphone et composa le numéro d’un ancien commissaire de police qui depuis sa mise à la retraite était installé en Dalécarlie, près du lac Siljan. Non seulement les deux hommes avaient le même âge, mais ils étaient aussi nés le même jour- ce qui, vu le contexte, pouvait paraître de l’humour. Le commissaire savait qu’il allait recevoir cet appel après le passage du facteur vers 11 heures du matin, et il prenait son café en attendant. Cette année, le téléphone sonna dès 10H30. Il décrocha et ne s’embarrassa même pas des préambules.
- Elle est arrivée, je suppose. Qu’est ce que c’est, comme fleur, cette année ?
- Aucune idée. Je vais la faire identifier. Une fleur blanche.
- Pas de lettre, évidemment ?
- Non. Rien que la fleur. Le cadre est le même que l’année dernière. Un de ces cadres bon marché à monter soi-même.
- Cachet de la poste ?
- Stockholm.
- Écriture ?
- Comme toujours, des majuscules d’imprimerie. Des lettres droites et soignées.
Ils avaient épuisé le sujet et observèrent le silence, chacun à son bout de la ligne, pendant une bonne minute.Le commissaire à la retraite se pencha en arrière sur sa chaise de cuisine et suçota sa pipe. Il savait très ben qu’on ne comptait plus sur lui pour poser la question qui ferait déclic, la question d’une folle perspicacité qui jetterait une nouvelle lumière sur cette affaire. Ce temps-là était révolu depuis de nombreuses années et la conversation entre les deux hommes âgés avait le caractère d’un rituel entourant un mystère que personne d’autre au monde qu’eux n’avait cœur à résoudre (….).

Théoriquement, le fait que cette plante soit rare en Suède aurait dû faciliter le pistage d’origine de cet exemplaire mais, concrètement la tâche était impossible. Il n’existait ni registre à consulter, ni licences à examiner. Personne ne savait combien d’horticulteurs amateurs avaient pu procéder à l’importation aléatoire d’une plante aussi difficile- cela pouvait aller de quelques-uns jusqu’à des centaines de passionnés de fleurs qui avaient accès aux graines et aux plantes. N’importe quel jardinier avait pu les acheter à un confrère sans trace ni facture, ou par correspondance, ou à un jardin botanique n’importe où en Europe. Elle aurait même pu être introduite en Suède au retour d’un voyage en Australie. Autrement dit, identifier ces cultivateurs parmi les millions de Suèdois qui possèdent une petite serre ou un pot de fleurs sur un rebord de fenêtre était une tâche vouée à l’échec.
Elle n’était qu’un numéro dans la suite de fleurs mystificatrices qui arrivaient chaque année toujours dans une grosse enveloppe molletonnée le 1er Novembre. L’espèce changeait d’une année sur l’autre, mais c’étaient de belles fleurs, assez rares. Comme toujours, la fleur était pressée, soigneusement fixée sur du papier à dessin et encadrée sous verre au format 29×16.

Le mystère de ces fleurs n’avait jamais été communiqué aux médias et n’était connu que d’un cercle limité. Trois décennies plus tôt, l’arrivée annuelle de la fleur avait fait l’objet d’analyses- du laboratoire criminologique de l’Etat, d’experts en empreintes digitales et de graphologues, de criminologues patentés et d’un certain nombre de proches et amis du destinataire. À présent, les acteurs du drame n’étaient plus que trois : le vieux héros de la fête, le policier à la retraite et naturellement, l’individu inconnu qui avait envoyé le cadeau. Les deux premiers au moins, ayant atteint un âge plus que respectable, il était grand temps de se préparer à l’inéluctable, le cercle des initiés allait diminuer sous peu (…).

Pour le commissaire, l’affaire des fleurs séchées était une épine qui restait plantée- l’enquête frustrante toujours irrésolue à laquelle il avait sans conteste consacré le plus de temps. La situation était doublement saugrenue, puisque après des milliers d’heures de réflexion, en service autant que hors service, il n’était même pas sûr qu’il y ait eu crime.

L’auteur

Stieg Larsson est né en août 1954 en Suède. Mort prématurément d’une crise cardiaque en Novembre 2004, il reste reconnu pour son engagement contre l’extrême droite et le racisme. Stieg Larsson a commencé par la science-fiction. Très impliqué dans ce mouvement, il a publié dans des fanzines. Évoluant dans ce milieu, il finit par être président d’une grande association nordique de la science-fiction. Employé par une agence de presse, après un bref engagement politique, il se dirige vers le métier de rédacteur en chef d’une revue spécialisée dans l’observation des manifestations du racisme et de l’extrême droite suédoise. Il publie également des livres d’enquêtes sur ce sujet d’une part et sur le parti démocrate d’autre part. Peu de temps avant sa mort brutale, il livre à son éditeur les trois tomes d’une trilogie policière nommée Millénium.


Pas de lien ici pour cet auteur. Ils sont nombreux sur le net…. mais souvent en suédois.

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
date de parution : 2006
éditeur : Actes Sud
nombre de pages : 575
prix : 22,80€


Un commentaire pour “Millenium 1 - Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson”  

  1. 1 ReiXou

    Il est déjà sur ma table de chevet, j’attaque ça cette semaine.

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