Un homme passe le concours d’agent de contact, titre galvaudé pour un poste de gardien de musée, qui par définition est « en contact » avec les visiteurs. Cet homme ne semble pas ressentir une vocation pour les trésors du monde conservés dans les musées. Il loge dans un appartement minuscule au septième étage sans ascenseur, abandonné mollement par son ex-petite amie, sans vie de famille. Non, ce n’est pas une vie pleinement vécue, c’est un peu triste et le constat est difficile et amer. Mais ce n’est pas grave car c’est juste un petit boulot en attendant d’égaler Jimi Hendrix sur le solo de Voodoo child.

C’est donc l’histoire d’une vie en attente de reconnaissance de son talent de guitariste. Et ça dérape joyeusement. Les œuvres dans les musées ne sont jamais regardées car ne présentent aucun intérêt. La vie de l’équipe d’agents de contact, issue du concours de Cachan 1987, responsable d’une part du patrimoine de l’humanité, nous est racontée.
Parmi eux, il y a notamment un consommateur revendeur de cocaïne. Alors, petit à petit, toute l’équipe y met le nez pour faire passer les heures de travail et oublier l’absence d’intérêt du métier. Le récit prend alors un certain rythme, celui de cette consommation, des dérapages de chacun, des tracts inspirés des délégués syndicaux, des combats pour la qualité des sièges dans lesquels s’asseyent les agents de contact, de la cantine, des conquêtes féminines qui ne peuvent pas s’empêcher d’aimer les Doors (« quel manque de goût et de personnalité! »), des problèmes hiérarchiques. Il y a aussi Bouin, gardien de contact depuis si longtemps, qui s’imagine finir sa carrière dans le musée de la faïence à Limoges : le couronnement de sa carrière. Il rêve sensuellement de ce musée sans visiteur, qui de toute façon, lorsqu’ils sont là, ne s’adresse à lui que pour demander les toilettes ou la sortie. Tout cela nous est livré par le regard du guitariste hors pair, et c’est teinté de cynisme, d’humour noir et cinglant, de jalousie envers les conservateurs de musée (« ceux qui ont le beau rôle ») mais aussi d’onirisme.
Rien ne nous est épargné, ni le manque de cocaïne, ni la prise d’otage, ni le jet d’une partie du patrimoine de l’humanité par les fenêtres du premier étage, ni la nympho qui se prostitue pour ses collègues de boulot. Lâche, lubrique, misogyne, obsédé, faignant, paumé, raté et jaloux, cet anti-héros est par conséquent attachant. Le lecteur peut suivre ses aventures tranquillement et se faire plaisir. C’est un premier roman et il faut le prendre comme cela. Il n’est pas extraordinaire, il n’est pas inoubliable. Mais il remplit pleinement son rôle de divertissement, amusant et plaisant. On devine un potentiel dans ce nouvel auteur et il faut attendre patiemment les prochaines parutions.

Un extrait

(…) La vache, qu’est ce que je fous là ? Ce fut ma réaction à la lecture du sujet d’arithmétique. Par la fenêtre, j’apercevais de gros nuages gris, gorgés de la pluie qu’ils nous réservaient pour seize heures trente, heure de fin des épreuves. Vingt minutes s’écoulèrent sans que je noircisse le moindre petit coin de feuille de brouillon. J’essayais de comprendre. Il s’agissait, en gros, de trains qui se croisaient à toute allure dans un tunnel. Vroum. On avait les heures de départ et les heures d’arrivée, mais il fallait deviner à combien roulaient les bolides. On ne nous prenait pas par surprise, cela dit, puisque dès l’école primaire, tout élève prend conscience que ne pas savoir résoudre un problème de robinet qui coule et de trains qui se croisent va le placer pour un long moment à la place du fond, près du radiateur- ce qui ne signifie pas, curieusement que chaque parent rêve de voir son fils réussir dans la plomberie ou la locomotive. (….)

L’auteur

Beaujon.pngNicolas Beaujon est né à Mont de Marsan (près de chez moi) en 1964. Le site de l’éditeur est la seule source pour sa biographie et pour sa photographie. On reprend donc les mêmes informations, petites études, petits métiers parisiens, expatrié au Canada. Nicolas Beaujon a, paraît-il, détruit 7 romans avant de donner Le patrimoine de l’humanité à son éditeur. Il est fan de Boards of Canada, ce qui le rend plus sympathique encore. Que dire de plus? Il a un homonyme qui était un célèbre financier français du 18ième sciècle, originaire de Bordeaux. Ce premier Nicolas Beaujon était receveur de finances et s’est horriblement enrichi grâce à la spéculation sur les grains et à de judicieux placements financiers. Il est nommé banquier de la cour, fermier général, conseiller d’Etat sous Louis XV.Tour de force final, en 1773 il achète l’hôtel d’Evreux (actuel Palais de l’Elysée) avant de le vendre en viager à Louis XVI ; quel talent ! Voilà, quand on a peu de choses pour une biographie, il faut meubler…

Le patrimoine de l’humanité de Nicolas Beaujon
date de parution : 2006
éditeur : Le Dilettante
nombre de pages : 222
prix : 16€


Aucun commentaire pour “Le patrimoine de l’humanité de Nicolas Beaujon”  

  1. No Comments

Ajouter un commentaire