En regardant le résumé au dos du livre, on voit en premier « attentat du 11 septembre ». L’overdose nous guette tous, un rejet naturel rien qu’à l’écho de cette date et pourtant, le sujet du livre n’est pas là. Cela ne doit pas être dissuasif. Dans ce livre, les attentats ne sont pas centraux. Ils sont actés et passés. Ils apparaissent simplement comme un événement devenu historique, assez fort et traumatisant pour modifier et laisser une trace dans le quotidien de chacun. On se situe juste dans « l’après ».
L’histoire est centrée sur un petit garçon de neuf ans. Cet enfant est un inventeur, entomologiste, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il cherche à résoudre l’énigme laissée par son père, une clé cachée avant de mourir dans les tours. Ce père est fantasque, drôle, épanouissant et un conteur pour son fils. Il est magnifiquement idéalisé. Cette clé ne peut donc être là par hasard. Elle est forcément la réponse de l’énigme de la disparition du père. L’enfant décide de partir à la recherche de la serrure correspondante dans New York. Ce livre permet de traverser le monde extraordinaire d’un enfant de neuf ans, un peu surdoué et hypersensible, à la recherche d’une personne dont le patronyme est « Black », Mr ou Ms, au travers de la ville une peu folle, un peu déboussolée. Pour y réussir, il va mentir à sa mère et devoir faire face aux handicaps du manque de liberté d’un enfant de neuf ans. Mais il va aussi faire de nombreuses rencontres bienveillantes qui l’aideront dans cette quête. Ces rencontres offriront à l’auteur l’immense plaisir de créer et de raconter l’histoire d’autres personnages, leur destin. On peut y voir un peu de Paul Auster dans sa faculté à créer un personnage secondaire complet, à inventer une vie ordinaire.
Ce livre est émouvant, beau et amusant. On a envie de le partager quand on est touché comme cela. On a envie d’être dithyrambique. C’est très difficile de convaincre en écrivant aussi mal de lire un livre qui est écrit aussi bien. On parle souvent « du roman à ne pas manquer » parce que les mots ont perdu leur poids, ils sont utilisés sans nuance. L’inconvénient dans cette surenchère sémantique, c’est qu’on ne sait plus quoi dire quand on veut définitivement convaincre que s’il y avait un livre à lire, ce serait celui-ci. Alors tant pis, allons-y franchement. Ce livre est fabuleux, extraordinaire, hors norme. Il ne faut pas ne pas le lire, il ne faut pas passer à côté. C’est un livre qu’on n’a pas envie de voir se finir, qui accompagne pour un moment. Un livre qu’on lira sans doute une seconde fois avec un plaisir décuplé. Un livre qui laisse une trace au lecteur, qui le marque et le change. Il aborde le monde de l’enfance, les relations parents enfants. Il dénoue la complexité du mensonge, de la blessure, la bienveillance, la culpabilité, le pardon et le deuil. C’est traité brillamment, avec de l’humour, mais aussi la description juste et fine des relations humaines. Ce qui est extraordinaire dans ce livre, c’est l’imaginaire fou de l’auteur, sa finesse de la narration, sa capacité à ressentir la sensibilité et la transmettre au lecteur. Ce livre est distrayant parce que l’auteur est un créateur d’idées, de monde, de personnages. Et au cas où cela ne serait pas suffisant, il ajoute dans son livre des photos, des modifications de mise en pages, des effets de style d’encre pour continuer à surprendre, interpeller ou évoquer un peu plus fort ce qu’il exprime déjà par ses mots. Il modifie la forme du roman, et l’utilise pour faire partager un peu plus le monde imaginaire de l’enfant. Il faut le lire ….. et revenir me laisser un commentaire.
Le lendemain j’ai dit à maman que je ne pouvais pas aller à l’école. Elle m’a demandé ce qui n’allait pas…..
- Je suis triste.
- À cause de papa ?
- À cause de tout…. La viande et les produits laitiers qu’il y a dans notre réfrigérateur, les bagarres de rue, Larry….
- C’est qui Larry ?
– Le sans abri qui est devant le Museum d’histoire naturelle qui dit toujours « je vous assure, c’est pour manger »….. que tu ne saches pas qui est Larry alors que tu le vois probablement tout le temps, que Buckminster passe son temps à dormir manger et faire ces besoins et qu’il n’ait aucune raison d’être, l’affreux petit bonhomme qui n’a pas de cou à la caisse de la salle IMAX, penser qu’un jour le soleil va exploser, qu’à chaque anniversaire on me donne au moins un truc que j’ai déjà, les pauvres qui deviennent obèses parcequ’ils mangent des saletés parce que c’est moins cher, la domestication et que moi, moi j’aie un animal domestique, les cauchemars, Windows de Microsoft, les vieux qui n’ont rien à faire de la journée parce que personne ne pense à passer du temps avec eux et qu’ils auraient honte de demander aux gens de passer du temps avec eux, les secrets, les anciens téléphones, que les serveuses chinoises sourient même quand il n’y a rien de drôle ou aucune raison d’être content, et aussi que les chinois aient des restaurant mexicains mais que jamais aucun mexicain n’ait un restaurant chinois, les miroirs, les magnétophones à cassettes, que les autres m’aiment pas à l’école, les bons de réductions que grand-mère découpe, les gens qui ne savent pas ce que c’est qu’ internet, l’écriture de cochon, les belles chansons, l’idée qu’il n’y aura plus d’êtres humains dans cinquante ans…
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L’auteur, Jonathan Safran Foer, a publié comme premier roman Tout est illuminé, classé meilleur roman de l’année 2000 selon le Times (notamment par ces professeurs de littérature de Princeton qui écrivent dans ce journal). Il est né en 1977 à New York, grandi à Washington, fait des études de littérature et de philosophie. Il est très encouragé par ces professeurs pour écrire et publié ses romans. En attendant, il fait des petits boulots qui semblent tout au moins divers et variés comme assistant dans une morgue, réceptionniste, archiviste. Il retourne vivre à New York, (dans la rue de Paul Auster, pour l’anecdote, il paraît qu’ils sont proches), publie des petits textes. Cette ville, il la fait vivre dans ce roman, il la raconte avec ses blessures et décrit ses habitants. |
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Sa biographie détaillée
Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer
date de parution : 2006
éditeur : Editions de l’Olivier
nombre de pages : 440
prix : 22€
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