
Springer et Institoris sont deux inquisiteurs allemands missionnés par le pape Innocent VIII pour rédiger un thèse cernant les manifestations du Malin sur terre. Leurs conclusions furent édités en 1486 dans le Malleus maleficarum (le marteau des sorcières) et l’ouvrage deviendra un manuel de référence à l’usage des chasseurs de sorcières durant plus de deux siècles. Ce traité, ayant réellement existé, sert de point de départ à l’intrigue imaginée par Siro : Pierre Tournefort, petit fils de Joseph Pitton de Tournefort, botaniste du début du XVIIIème siècle, se révèle être le possesseur du dernier exemplaire connu de l’ouvrage. Alors que dans Warul, le premier tome de la série, ce héros, à la gueule de Lino Ventura, découvrait l’enquête menée en Hongrie par son aïeul, ce deuxième épisode nous entraine dans les ruelles sombres du quartier londonien de WhiteChapel en pleine ère victorienne.

Pierre de Tournefort est donc contacté par une organisation secrète prétextant pouvoir lui fournir de précieux renseignements sur les recherches menés par son ancêtre. Rendez-vous est pris dans un café parisien en un mois de janvier 2007 très imprégné par les polars des années 50. Le mystérieux interlocuteur vient à conter le lien entre le Malleus Maleficarum et Jack l’éventreur… Quelques bulles plus loin, nous voici transportés à Whitechapel, suivant pas à pas les meurtres du célèbre serial Killer. C’est Logan Mercury, journaliste d’investigation, qui sera notre guide. Ce dernier va s’enticher de cette affaire et découvrir une inscription étrange non loin des victimes : Man Aces Cemjk. Trois simples mots se révélant être le titre d’un chapitre non achevé du traité de démonologie…
Etrange sensation que la celle provoquée par le deuxième tome du marteau des sorcières. Servi par un dessin précis et singulier et une trame narrative évitant les clichés généralement suscités par l’affaire de Whitechapel, tous les ingrédients sont là pour succomber à l’ambiance oppressante du Londres de la belle époque. Mais à la fermeture de l’ouvrage demeure une étrange impression de distance. Un peu comme si les auteurs nous plaçait en spectateur de leur histoire, comme de simples temoins d’une intrigue se déroulant un peu trop loin. Il est évident que le scénario (éclatement du récit sur trois périodes distinctes, l’une étant le moteur narratif de l’autre…) et le style de Thibert (des dessins où les sujets semblent poser, gommant toute sensation de mouvement) renforcent sans conteste ce parti pris. Mais un sujet aussi riche en sensations que celui de Jack l’éventreur nécessitait peut-être un traitement plus immersif. Malgré cette perception distanciée, certaines planches se révèlent être tout bonnement magnifiques et l’ensemble nous offre une lecture agréable… sans pour autant susciter une approbation digne d’un Philippe Gildas sous ecstasy. Dommage…
Le marteau des sorcières - Tome II - Man Aces Cemjk
Scénariste : Siro
Dessinateur : Thibert
Edition : Glénat
Collection : La loge noire
Parution : Fevrier 2007
48 pages
Prix public : 12,50 euros
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