[Jack] From Hell des frères Hughes

fromhell.gif Londres 1888. Le premier serial-killer de l’histoire frappe méthodiquement et sauvagement 5 filles de joie dans les bas quartiers de White Chapell. L’enquête est confiée au jeune inspecteur Abberline, sujet à quelques « intuitions » provoquées par un usage récurrent d’absynthe et d’opium. Ces visions cauchemardesques vont lui founir de nombreux indices et lui permettre ainsi de progresser dans l’enquête, dévoilant petit à petit un complot impliquant les plus hautes sphères de la société londonienne de l’époque.

A l’inverse du roman-graphique de Campbell et Moore, qui dévoile dès les 50 premières pages l’identité du coupable, les frères Hughes centrent l’intégralité de leur narration sur cette quête du véritable visage du meutrier. On se retrouve donc face à un thriller usant et malheureusement abusant des artifices du genre. Le souci n’est pas tant qu’on devine assez rapidement l’identité du tueur, mais plutôt que les efforts scénaristiques pour la dissimuler sont parfois grossiers et nuisent à la fluidité de l’ensemble (coupable masqué systématiquement par les ombres, voix du meurtrier transformée…).

Tant pis pour le suspens donc, reste alors le traitement des personnages. Et bien là, ce n’est guère plus original. On a le droit à un solitaire et conscienceux sergent Abberline (Johnny Depp) qui tente avec l’aide de Mary Kill (Heather Graham dans le rôle de la prostituée) de défier le monde des puissants…tout en succombant aux charmes de cette dernière. On le comprend, elles sont quand même (trop?) jolies ces filles de joie….De grosses ficelles, donc tout au long du film….C’est ainsi au cours d’une visite au musée avec sa future (le classique plan drague au musée, vous connaissez ?), qu’Abberline va découvrir un indice crucial. Notre inspecteur va ensuite méthodiquement élucider l’affaire, remontant jusqu’à un coupable présenté jusque là comme amical, coopératif, limite tendance paternelle. Mais ce Jack là, c’est un peu Dr. Jekyll et Mr. Hyde. La scène du dévoilement est à la limite de l’absurde, tant le changement d’attitude est grossier (voix qui mute, regard devenant diabolique…) Connaissant le meurtre final particulièrement sanglant de Mary Kill, je compatissais déjà au malheur de ce pauvre inspecteur transit d’amour, découvrant sa dulcinée éventrée et éviscérée. Et bien, ils ont poussé les canons du genre, jusqu’à réussir à l’épargner au moyen d’une pirouette scénarisitique que seule la nécessité d’un « Happy End » peut justifier.

La réalisation de l’ensemble est cependant trés soignée, notamment les scènes concernant les visions d’Alberline et les meutres tout en suggestion. L’ambiance londonienne est également plutôt bien rendue (décors, fog récurrent, ambiance sonore) et la prestation de Johnny Deep assez convaincante, mais le film pèche globalement par excès de suspens. A trop chercher à masquer l’identité du tueur, les frères Hughes s’enferment dans un film d’enquête finalement trés classique. C’est bien dommage car certaines scènes du film laissent transparaître ce qu’une adaption cinématographique basée sur les qualités premières du roman-graphique (psychologie ambigüe du personnage de Jack, noirceur générale du propos) auraient pu donner.

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