La belle époque, fin du 19eme. Le royaume anglais resplendit sur le monde à tel point que, dans l’esprit de tous, la nuit ne pourra jamais l’abattre. De Londres, capitale mondiale avec ces 5 millions d’habitants à Ceylan, colonie anglaise, l’empire de la reine Victoria brille de tout feux. The sun never set on the British Empire… Mais cette image occulte l’arrière plan. Un plan où la misère cours dans des ruelles éclairées par de rares lampadaires à gaz, où des prostitués offrent leurs charmes à des gars trop souls, où l’opium et la cocaïne s’achètent à la pharmacie du coin. De cet arrière plan, ce fond de photo qu’on oublie souvent, nous reste un souvenir. Celui d’un être de l’ombre qui va rapidement acquérir le statut de figure mythique : Jack l’éventreur.

Les pavés de WhiteChapel
Tout commence le 31 Aout 1888, dans le quartier Londonien de WhiteChapel. Cette zone de l’East-end fut durant plusieurs siècles le lieu d’accueil de ruraux venus à Londres dans l’espoir de trouver travail. WhiteChapel est un quartier pauvre. Un quartier où le pavé maquille la fange des ruelles sombres. C’est à quatre heures du matin, sous une pluie torrentielle et un ciel écarlate du à l’embrasement de deux hangars du port, que deux passants aperçoivent le corps d’une femme étendu à terre. Après une rapide inspection, ils la pensent encore vivante: ses membres sont chauds et sa respiration existante. Ils font appel à John Neil, le Bobby du quartier et le Docteur Llewellyn. Après une inspection minutieuse du corps, le constat est sans appel : Mary Ann Nichols vient de mourir suite à une incision cheminant de la gorge au bas des oreilles et à de nombreux coups portés à l’abdomen…
Quand la presse s’en mêle…
La presse va rapidement relayer l’information et blâmer ouvertement l’inefficacité de la police : plusieurs rédactions affirment que ce meurtre est le troisième d’une série, les deux premiers étant volontairement occultés par les forces de l’ordre. La surenchère journalistique va émettre des hypothèses loin d’être vérifiées, dépeindre le criminel dans une style racoleur au possible, lui trouvant même le surnom de « Tablier de Cuir » en référence à un tablier trouvé non loin de la scène de crime (élément qui se révélera avoir été oublié par un riverain…).
« Le tablier en cuir » est de toute évidence un personnage abject. Si, comme la plupart le soupçonne, il est l’auteur des trois meurtres qui, de l’avis de tous, ont été commis par la même personne, il est la plus horrible et diabolique des brutes que même la pire des fictions ne pouvait imaginer. Il laissera à jamais son empreinte sur Whitechapel. Il s’exerce sur des malheureux, ceux qui pratiquent leur commerce après minuit, il étend son emprise fondée sur la terreur universelle. Il a frappé, blessé, meurtri, et terrifié une centaine d’entre eux, tous prêt à témoigner de ses outrages. (…) Il porte un rasoir comme un couteau, et l’a utilisé, il y a deux semaines, sur « Annie la veuve » lorsqu’elle traversait la place près de l’hôpital de Londres, la menaçant avec son vilain rictus et ses yeux malins, et finissant par l’ouvrir « de bas en haut ».
The Star
Largest Circulation of Any Evening Paper in the Kingdom.
LONDON. WEDNESDAY, 5 SEPTEMBER, 1888.
La presse en serait surement restée là, abandonnant ce crime sans coupable aux piles de dossiers non résolus, si une semaine plus tard, le 8 septembre, une nouvelle prostituée n’avait pas été retrouvée dans une cour de la Hanbury Street. Les causes de la mort de Annie Chapman se recoupent sans mal avec celles de Mary Ann Nichols : la gorge tranchée, la tête quasiment séparée du corps, de nombreux coups à l’abdomen, les intestins déposées sur l’épaule droite, le vagin et l’utérus prélevés…

Certificat de décès d’Annie Chapman, daté du du 20 septembre 1888.
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